Infiltrations, fissures, malfaçons après travaux : avant tout procès, faire désigner par le juge un expert qui constate les désordres, en recherche les causes et chiffre les réparations. Nous assistons les syndicats de copropriétaires qui demandent l'expertise et ceux qui sont assignés.
Mise à jour : 20 octobre 2026
Syndic, conseil syndical : désigner précisément les désordres, assigner toutes les parties et leurs assureurs, faire fixer une mission utile et préserver les délais pour agir.
Préparer la demandeUn copropriétaire ou un voisin met en cause les parties communes : vérifier la mission, appeler en cause les entreprises et les assureurs, préparer les réunions d'expertise.
Organiser la défenseLe référé expertise permet d'obtenir du juge des référés, avant tout procès, la désignation d'un expert judiciaire chargé de constater des désordres, d'en rechercher les causes, de chiffrer les travaux de reprise et de donner au juge les éléments pour apprécier les responsabilités (article 145 du code de procédure civile).
L'article 145 du code de procédure civile permet d'ordonner une mesure d'instruction « avant tout procès », à la demande de tout intéressé, s'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige.
| Condition | En pratique |
|---|---|
| Avant tout procès | Aucune action au fond ne doit déjà être engagée sur le même litige. Une fois le juge du fond saisi, la mesure se demande à lui, ou au juge de la mise en état. |
| Un litige potentiel | Le litige futur doit être plausible et ne pas être manifestement voué à l'échec, par exemple parce que l'action serait à l'évidence prescrite. |
| Un motif légitime | Des désordres réels, documentés : photographies, constat, rapport d'un technicien, courriers. L'expertise doit être utile à la solution du litige. |
| Une mesure admissible | Une expertise dont la mission est proportionnée : constater, décrire, rechercher les causes, chiffrer, donner un avis sur les responsabilités. |
Le juge ne tranche pas les responsabilités : une contestation sérieuse sur le fond ne fait pas obstacle à l'expertise, qui sert précisément à éclairer ce débat.
Un calendrier type, de la découverte des désordres au rapport de l'expert. Les durées sont indicatives : elles dépendent du tribunal, du nombre de parties et de l'attitude de l'adversaire. Le moment-clé est la première audience : selon que l'adversaire demande ou non un renvoi, la procédure prend l'un des deux chemins.
Avant d'assigner dès les premiers désordres
Photographies datées, constat si nécessaire, déclaration à l'assureur de l'immeuble et, pour des travaux de moins de dix ans, à l'assureur dommages-ouvrage. Les travaux de réfection attendent l'expert, hors mise en sécurité.
Désordres listés un à un, parties et assureurs, mission proposée. La date d'audience se réserve auprès du tribunal sur la base de ce projet.
Lancement quelques semaines
L'assignation est délivrée à chaque défendeur, quelle que soit la ville où il demeure.
Une copie de l'assignation est remise au greffe : le juge des référés est effectivement saisi.
Instruction environ un mois
L'avocat de l'adversaire se fait connaître et demande les pièces du dossier.
Moment-clé : avec ou sans demande de renvoi de l'adversaire, la procédure bifurque.
Deux scénarios à partir de la première audience
scénario fréquent
Plaidoirie du référé.
Désignation de l'expert, mission, montant de la provision et délai pour la consigner.
Versement de la provision ; à défaut, la désignation de l'expert est caduque.
Constat contradictoire sur place.
scénario rapide
L'affaire est plaidée dès la première audience.
Désignation de l'expert, mission, montant de la provision et délai pour la consigner.
Versement de la provision ; à défaut, la désignation de l'expert est caduque.
Constat contradictoire sur place.
Compter en général trois à six mois entre l'assignation et la première réunion d'expertise.
Expertise souvent plus d'un an
Réunions sur place, communication des pièces, investigations techniques, dires des parties. Si de nouveaux désordres ou intervenants apparaissent, la mission peut être étendue et d'autres parties mises en cause.
Un dernier délai pour les dires, puis le rapport définitif : désordres, causes, travaux de reprise et coût, avis sur les responsabilités.
Négociation sur la base du rapport ou assignation au fond devant le tribunal judiciaire, qui seul condamne ; pour le syndicat demandeur, après autorisation de l'assemblée générale.
Le syndicat a qualité pour agir en justice pour la sauvegarde des droits afférents à l'immeuble (article 15 de la loi du 10 juillet 1965). L'expertise est souvent le premier acte d'un contentieux de construction ou de voisinage : c'est à ce stade que se décide l'efficacité de toute la suite.
Les désordres des parties communes n'ont pas toujours pour origine un constructeur. Un copropriétaire qui a fait des travaux dans son appartement, par exemple en touchant un mur porteur ou un plancher, peut affecter la structure de l'immeuble : fissures, affaissement, dégâts dans le hall ou chez les voisins.
Le syndicat est responsable des dommages causés aux copropriétaires ou aux tiers qui ont leur origine dans les parties communes (article 14 de la loi du 10 juillet 1965). Un copropriétaire victime d'infiltrations, un locataire ou un voisin l'assigne donc souvent en référé expertise. Le syndic défend sans autorisation de l'assemblée (article 55 du décret).
La demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription ainsi que le délai de forclusion (article 2241 du code civil). L'interruption produit ses effets jusqu'à l'extinction de l'instance, c'est-à-dire, en référé, jusqu'à l'ordonnance (article 2242) ; un nouveau délai de même durée court ensuite. Elle ne vaut que pour les désordres désignés dans l'assignation (Cass. 3e civ., 2 mai 2024, n° 22-23.004, publié) et à l'égard des parties assignées.
Pour les délais de prescription, l'article 2239 du code civil ajoute une suspension : lorsque le juge fait droit à une demande de mesure d'instruction présentée avant tout procès, la prescription est suspendue jusqu'à l'exécution de la mesure, et recommence à courir pour au moins six mois à compter du dépôt du rapport.
Cette suspension ne s'applique pas aux délais de forclusion (Cass. 3e civ., 3 juin 2015, n° 14-15.796, publié). Or la garantie décennale est un délai de forclusion : pendant une longue expertise, le nouveau délai ouvert par l'ordonnance continue de courir. Il faut le surveiller, et agir au fond à temps, même si le rapport n'est pas encore déposé.
Désordres dans l'immeuble ?Transmettez-nous les photos et la date de réception des travaux : nous vérifions d'abord le délai applicable et les parties à assigner.
Déposer un dossierLe rapport d'expertise ne lie pas le juge, mais il pèse lourd : c'est sur lui que s'appuient la négociation et, à défaut, le procès au fond.
Monceau Litis est un cabinet d'avocats en droit immobilier situé à Paris (17e). Nous assistons les syndicats de copropriétaires et leurs syndics dans les expertises judiciaires, en demande comme en défense, et suivons les opérations jusqu'au rapport puis à l'action au fond. Nous plaidons devant les tribunaux de Paris et de la petite couronne, et ailleurs avec un confrère postulant lorsque la procédure l'exige.
Avocat en droit immobilier depuis 1999, fondateur de Monceau Litis. Il assiste des syndicats de copropriétaires dans les expertises judiciaires et les contentieux de construction qui les suivent.
Non. Les demandes qui relèvent des pouvoirs du juge des référés sont dispensées de l'autorisation de l'assemblée générale, comme la défense aux actions intentées contre le syndicat (article 55 du décret du 17 mars 1967). Le syndic en rend compte à la prochaine assemblée. L'action au fond qui suivra l'expertise devra, elle, être autorisée.
Non. L'article 145 du code de procédure civile exige un motif légitime d'établir ou de conserver la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige, pas une urgence. Les désordres doivent être réels et documentés, et le litige futur plausible.
Cela dépend de la complexité des désordres et du nombre de parties. Quelques semaines séparent en général l'assignation de l'ordonnance ; les opérations d'expertise durent ensuite souvent plus d'un an, en particulier dans les contentieux de construction.
En principe oui, hors mesures de mise en sécurité. Si les travaux de réfection sont réalisés avant que l'expert ait constaté les désordres, ceux-ci disparaissent et leur origine ne peut plus être établie contradictoirement : il devient très difficile d'engager la responsabilité de leur auteur. Mieux vaut suspendre les travaux, même votés en assemblée, et en informer les copropriétaires.
Elle est utile, mais le juge ne peut pas se fonder exclusivement sur une expertise non judiciaire, même réalisée en présence des parties (Cass. ch. mixte, 28 sept. 2012, n° 11-18.710 ; Cass. 2e civ., 13 sept. 2018, n° 17-20.099). Lorsque la responsabilité est contestée, l'expertise judiciaire reste la base la plus sûre de l'action.
Le demandeur avance la provision fixée par le juge, à consigner dans le délai imparti sous peine de caducité de la désignation (article 271 du code de procédure civile). Elle est souvent de quelques milliers d'euros pour un désordre localisé. Le syndicat n'en fait que l'avance : le coût final de l'expertise est en principe mis à la charge de la partie perdante, dans les dépens de l'instance au fond, ou réglé par la transaction.
Oui : la demande en justice, même en référé, interrompt le délai de forclusion (article 2241 du code civil), mais seulement pour les désordres désignés dans l'assignation et à l'égard des parties assignées. Un nouveau délai de dix ans court à compter de l'ordonnance. La suspension pendant l'expertise prévue par l'article 2239 ne s'applique pas à ce délai (Cass. 3e civ., 3 juin 2015, n° 14-15.796).
Le plus souvent, non : le syndicat formule protestations et réserves et veille à la mission. Il peut s'opposer à la mesure si elle est dépourvue de motif légitime, par exemple si l'action envisagée est manifestement prescrite. Il a surtout intérêt à appeler en cause les entreprises, les assureurs ou le copropriétaire à l'origine des dommages.
Le référé préventif intervient avant des travaux, en l'absence de dommage, pour faire constater l'état des immeubles voisins. Le référé expertise intervient après l'apparition de désordres, pour en établir la réalité, les causes, le coût des reprises et les responsabilités. Si votre copropriété est déjà partie à un référé préventif et qu'un dommage apparaît pendant le chantier, il suffit de demander au juge d'étendre la mission de l'expert à ces désordres, en les désignant précisément.
Oui, en principe : la demande est portée devant le président du tribunal judiciaire statuant en référé, où la représentation par avocat est obligatoire sauf exceptions limitées. L'avocat rédige l'assignation et la mission, puis suit les opérations d'expertise.
Transmettez-nous les photos des désordres et la date de réception des travaux, ou l'assignation si votre syndicat est mis en cause. Nous vérifions d'abord les délais et les parties à appeler.
Ou par téléphone : 01 56 79 00 00