22 octobre 2026

Une maison ou un bâtiment peut-il sortir de la copropriété ?


Par Me David Goldstein, avocat au barreau de Paris

Oui, une maison ou un bâtiment peut sortir de la copropriété, à condition d'être un bâtiment distinct et que le terrain puisse être divisé. C'est ce que les juristes appellent la scission, prévue par l'article 28 de la loi du 10 juillet 1965. Elle doit être acceptée par l'assemblée générale de toute la copropriété, mais un refus injustifié peut être annulé par le juge pour abus de majorité.

Voir aussi notre page Sortir de la copropriété (scission).

Dans quels cas peut-on sortir de la copropriété ?

Beaucoup de propriétaires de maisons individuelles découvrent, à l'achat ou à la première assemblée, qu'ils sont en copropriété avec un immeuble voisin ou avec d'autres maisons. Ils paient des charges pour un ascenseur, un gardien ou un hall qu'ils n'utilisent pas. La question de sortir se pose alors naturellement.

La loi le permet, mais pas dans tous les cas. Deux conditions sont exigées :

  • la copropriété doit comporter plusieurs bâtiments, et celui qui veut partir doit être un bâtiment distinct
  • la division de la propriété du sol doit être possible, c'est-à-dire qu'on doit pouvoir attribuer au bâtiment sa propre parcelle de terrain

En revanche, un appartement ne peut pas sortir seul d'un immeuble. Il n'existe pas de moyen de retirer un simple lot d'une copropriété : seul un bâtiment entier, avec son terrain, peut partir.

Qui décide, et à quelle majorité ?

La demande se fait de deux façons :

  • si le bâtiment appartient à un seul propriétaire, par exemple une maison, celui-ci demande que son bâtiment soit retiré pour devenir une propriété séparée
  • si le bâtiment compte plusieurs propriétaires, ceux-ci se réunissent d'abord en assemblée spéciale et votent la demande, pour former ensuite leur propre copropriété

Dans les deux cas, c'est l'assemblée générale de toute la copropriété qui statue. La loi exige la majorité des voix de tous les copropriétaires, présents ou non, appelée majorité de l'article 25. Lorsque cette majorité n'est pas atteinte mais que le projet a obtenu au moins un tiers des voix, un second vote à une majorité plus simple peut, selon les cas, être organisé immédiatement. Ce point doit être vérifié avant l'assemblée.

La même assemblée doit aussi régler les conditions concrètes de la séparation : partage du terrain, sort des équipements communs (voirie, réseaux, chauffage, espaces verts), servitudes à créer, répartition des dettes et des fonds du syndicat. Un géomètre-expert et un notaire interviennent ensuite pour modifier le règlement de copropriété et l'état descriptif de division, et la division du terrain peut nécessiter des démarches d'urbanisme.

Que faire si l'assemblée refuse ?

Le refus est fréquent. Les copropriétaires qui restent craignent de perdre la contribution des partants aux charges communes. Mais l'assemblée n'est pas libre de refuser pour n'importe quelle raison.

Si le refus ne sert qu'à garder les partants pour leur faire payer des charges sans utilité pour eux, il peut être annulé pour ce que les juristes appellent un abus de majorité. L'action doit être engagée devant le tribunal judiciaire dans les deux mois de la notification du procès-verbal. Elle est ouverte au copropriétaire qui n'a pas voté dans le sens de la décision, par exemple celui qui a voté pour la scission refusée, ou qui était absent et non représenté.

Attention à la limite de cette action : le juge annule le refus, mais il ne peut pas prononcer lui-même la scission. La demande doit être présentée de nouveau à l'assemblée, dans un contexte bien plus favorable.

À l'inverse, une scission votée peut être contestée par ceux qui s'y opposent. La moindre irrégularité dans la convocation ou la notification peut alors fragiliser tout le projet.

Les autres solutions si la scission est impossible

Lorsque le terrain ne peut pas être divisé, ou que l'assemblée reste hostile, il existe d'autres moyens de gagner en autonomie :

  • le syndicat secondaire : les propriétaires d'un bâtiment peuvent, réunis en assemblée spéciale, créer leur propre syndicat pour gérer leur bâtiment, tout en restant dans la copropriété pour le reste
  • la division en volumes : pour les ensembles complexes, chaque bâtiment devient une propriété indépendante, découpée en trois dimensions, et les équipements communs sont gérés par une association
  • la révision de la répartition des charges, si vous payez pour des services dont vous ne profitez pas

Ce que disent les tribunaux

Quelques décisions récentes montrent les enjeux de ces votes. Ce sont des exemples, chaque copropriété ayant sa configuration propre.

En pratique

  • Relisez le règlement de copropriété et l'état descriptif de division pour vérifier que votre bâtiment est bien distinct et identifiable.
  • Faites étudier par un géomètre-expert la possibilité de diviser le terrain et le sort des équipements communs.
  • Préparez un projet complet : plan de division, partage des frais, servitudes, sort des dettes et du fonds de travaux.
  • Demandez au syndic d'inscrire la question à l'ordre du jour, avec ces documents joints à la convocation.
  • Votez en faveur de la demande et conservez la preuve de votre vote. Notez la date de réception du procès-verbal.
  • En cas de refus contestable, consultez un avocat sans attendre, le délai de deux mois étant strict.

Questions fréquentes

Ma maison est en copropriété, est-ce normal ?

Oui, c'est fréquent. Lorsque plusieurs maisons ou bâtiments ont été construits sur un même terrain sans division, ils relèvent souvent du statut de la copropriété. Cela ne vous empêche pas de demander la scission si le terrain peut être divisé.

Puis-je sortir un seul appartement ou un seul lot de la copropriété ?

Non. La scission concerne un bâtiment entier, avec le terrain qui lui revient. Un lot situé dans un immeuble collectif ne peut pas être retiré seul de la copropriété.

Le juge peut-il prononcer la scission à la place de l'assemblée ?

Non. Le juge peut annuler un refus abusif, mais la décision de scission appartient à l'assemblée générale. Après l'annulation, la demande est présentée de nouveau, et un nouveau refus sans motif sérieux s'exposerait à la même critique.

Combien coûte une scission ?

Il faut compter les honoraires du géomètre-expert, du notaire et, le cas échéant, de l'avocat, ainsi que les frais de publication. La répartition de ces frais entre les partants et le syndicat fait partie des conditions votées par l'assemblée.

Pour aller plus loin, voir notre page Sortir de la copropriété (scission).

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Article rédigé avec l'assistance d'un outil d'intelligence artificielle, à partir des textes applicables et de décisions publiées en open data (Judilibre), puis relu par un avocat du cabinet.